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CO2 : Le nouvel or gris ?

Un point de vue rédigé par @Valentin REGNIER et @Malory DELFAULT, Consultants sectoriels, et @Renaud LARDIER, Directeur Associé.

Constat, Problématique

Les émissions de GES (Gaz à Effet de Serre) au centre des grandes décisions des entreprises ? C’est en tout cas le constat que nous pouvons faire : le CO2 serait-il le nouvel or gris. Controversées et rejetées par une part de plus en plus grande de la population, les émissions de CO2 sont devenues un enjeu stratégique pour les entreprises qui changent de modèle pour une plus grande transparence de leurs opérations et la mise en place d’initiatives visant à réduire leur empreinte carbone. Cause ou coïncidence, le fait est que la réglementation tend à se durcir pour les entreprises françaises de plus de 500 salariés, en imposant depuis 2016 un reporting des émissions GES de leurs activités. Ces émissions peuvent se classer en 3 catégories, appelées « scopes », selon si elles sont directes ou indirectes :

  • Scope 1 : émissions directes de GES liées aux installations fixes ou mobiles de fabrication d’un produit par une entreprise ;
  • Scope 2 : émissions indirectes de GES liées à la consommation d’énergie (électricité, chaleur, froid) utilisées pour les activités de l’entreprise ;
  • Scope 3 : autres émissions indirectes de GES liées à la chaîne de valeur complète des produits vendus par l’entreprise (distribution, transport, utilisation, recyclage…).

Mais réglementation ne signifie pas encore pénalisation. Celle-ci est cependant rendue tacite par le comportement évolutif des acheteurs.

Une prise de conscience collective et réglementaire des enjeux liés au carbone

C’est un fait, les évolutions des habitudes de consommations précèdent toujours celles de la réglementation. Mais si celle-ci tarde à changer, nos pouvoirs publics ont montré depuis quelques années une volonté forte d’aligner le monde du privé sur leur stratégie environnementale. A ce titre, l’article 173 de la loi sur la Transition Energétique pour la croissance verte impose, depuis sa directive du 8 novembre 2019, une réévaluation de la sanction (jusqu’alors plafonnée à 1 500€) en cas de manquement au reporting GES sur les scopes 1 et 2 à 10 000 €, et un maximum de 20 000 € si récidive. Les entreprises sont ainsi priées d’exposer dans leur rapport de gestion l’empreinte de leurs activités.

Des sanctions encore légères, mais qui se durcissent. La tendance ne va par ailleurs pas s’inverser, et nous pouvons légitimement imaginer que dans quelques années les entreprises auront l’obligation de reporter le coût carbone réel de l’ensemble de leur chaîne de valeur. Une grande transparence qui va de pair avec la prise de conscience collective sur les enjeux du « mieux consommer », ou au moins du « savoir ce que nous consommons ». Quid du caractère financier ? C’est parce que les entreprises y ont tout intérêt pour conserver leurs clients et leurs actionnaires – eux aussi de plus en plus friands de « finance verte » – qu’un travail de fond sur la valorisation en interne de leur activité carbone doit être effectué. Rien qu’entre 2014 et 2016, le nombre d’entreprises utilisant un système de valorisation financière du carbone a été multiplié par trois. Cette tendance touche évidemment les petites entreprises et les PME, mais aussi les grandes entreprises françaises : LVMH, Kering, ENGIE ou encore Saint-Gobain. Ces dernières ont d’ailleurs lancé depuis plusieurs années des initiatives de valorisation interne du carbone permettant de lui donner une valeur financière, rendant plus concret son impact, et plus tangible sa gestion. LVMH, par exemple, valorise son empreinte carbone en lui accordant un prix directeur permettant la création d’un fond carbone à usage interne. Celui-ci est alimenté par la contribution de chacune de ses entités, à hauteur de leurs émissions de GES.

« Faire de la transition énergétique une opportunité »

A la question « est-il possible de faire de son empreinte carbone une opportunité », la réponse est visiblement oui. Mais c’est dans la définition et la mise en œuvre de ce cercle possiblement vertueux que la complexité repose. Quelle valeur accorder au CO2 ? Par quel type de mode de gestion ?  Plusieurs mécanismes sont envisageables, mais un fil conducteur les relie tous : celui du « prix directeur », aussi appelé « shadow price ». Il s’agit d’un prix appliqué aux émissions de GES (généralement à la tonne d’équivalent CO2) et basé sur un barème fixé par décisions de gestion, modulable (souvent annuellement) en fonction de la stratégie décidée. Obtenu par le biais d’un reporting plus ou moins profond de l’activité carbone par chacune des directions d’une entreprise, le shadow price permet d’inclure un prix carbone à une décision d’investissement ou à un retour sur investissement d’un projet d’entreprise, décourageant ainsi les choix les plus « carbonés ». Il s’agit là d’appliquer uniquement un prix interne au carbone, décorrélé dans sa nature de toute influence externe, tels que de possibles allègements fiscaux pour les projets bas-carbones. La méthode de calcul du prix directeur reste propre à chacun, les entreprises plaçant où elles souhaitent le curseur d’un projet « à faible niveau d’émission ».

Arrive ensuite la question de l’utilisation opérationnelle du prix directeur du carbone. A l’instar des entreprises citées précédemment, un nombre exponentiel de sociétés considère que le shadow price est destiné à s’imposer dans la règlementation, et choisissent de l’appliquer. Si le mécanisme parfait n’existe pas encore, de nombreuses initiatives qui découlent de la valorisation interne du carbone ont vu le jour. La bourse interne carbone en est un exemple parlant, son application permettant d’établir de nouveaux leviers de financements de projets considérés comme peu émetteurs de GES. Le principe est le suivant : basé sur un prix directeur du carbone, les projets peu émetteurs sont financés par les projets plus émetteurs. Les modalités opérationnelles sont propres à chaque entreprise (certificats CO2, taxes internes, redirection de flux financiers/modification des budgets, nouvelle structure financière basée sur le « mérite » carbone, …). L’idée étant que les émissions de carbone des uns entrainent la baisse des émissions des autres, à travers le financement de projets en lien avec la transition énergétique.

L’organisation d’une activité de bourse carbone interne nécessite dans tous les cas la mise en place d’une organisation dédiée, et bénéficiant d’un soutien important de la Direction Générale, afin d’intégrer les nouveaux enjeux de la transition énergétique au centre des décisions stratégiques de l’entreprise. L’évidence de la création d’un pôle dédié et d’une équipe mandatée – managée par un directeur des opérations carbones – devient l’ingrédient clé de la « prise de poids » de processus internes encore « trop maigres ». En y intégrant toutes les fonctions transverses habituelles d’une activité, nous prônons la création d’une équipe en charge des opérations liées à l’activité carbone interne, que nous estimons aujourd’hui porteuse d’une grande valeur future.

DEKKHA Consulting vous accompagne dans la démarche

Tant avec le changement des marchés et des habitudes de consommation qu’avec la modification progressive de la législation, les entreprises ont tout intérêt à prendre les dispositions nécessaires pour devancer la mise en place de législations très contraignantes sur le carbone. Reporting, transparence, et méthode de valorisation permettront même de faire de cette obligation une opportunité forte. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’un nombre croissant d’entreprises soutient la mise en place d’un processus national de tarification du carbone, pour faciliter la réorientation des investissements au niveau national en vue de faire émerger un secteur d’activité dédié, et améliorer la coopération entre les acteurs afin de faciliter le partage d’information, d’expertises et d’expérience.

Nous connaissons la difficulté de la structuration et de la mise en place de processus nouveaux, particulièrement dans le cas de la mise en place d’une organisation interne dédiée entièrement nouvelle au sein des entreprises dans un contexte réglementaire en constante évolution. Grâce à notre maitrise de bout en bout de ces problématiques, issue de notre expérience en conseil en organisation et de nos savoirs-faires sectoriels, fonctionnels & méthodologiques, nous nous proposons d’accompagner les entreprises en amont sur la mise en place de ce type de projets, et pouvons vous aider à faire des problématiques en lien avec l’empreinte carbone une réelle opportunité, créatrice de valeur.

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